Rédaction Web, de la philosophie de l’écrit à la discipline du métier

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Des mains tamisent la farine entre leur paume

Comment penser un métier de l’écriture dans le monde d’aujourd’hui

Dans cet article, je ne souhaite pas jouer le moraliste ou gêner mes confrères et consœurs. Nous sommes tous ensemble les grands artisans du web, avec les designers, les intégrateurs, les architectes de ce nouveau continent. Chaque jour, ce sont des millions de pages qui sont ajoutées à notre vaste savoir commun. Internet n’est pas un lieu, c’est un héritage et un futur. Comment trouver sa place dans ce Nouveau Monde étrange ? En incarnant les valeurs qui sont les nôtres et en nous identifiant ainsi dans la grande mosaïque qui fait la diversité de ce média.

Rédacteur Web, la panique et la course en avant

J’ai eu, depuis quelques semaines, de nombreux contacts avec des rédacteurs de tout pays. Pour le recrutement, bien sûr, mais aussi pour des demandes de conseils. Je ne suis pas Jiro, le plus célèbre cuisinier de sushis du Japon, maître d’un art ancestral où chaque produit parfait est préparé des heures durant, selon des savoir-faire d’excellence, pour atteindre une symphonie gustative inégalable en bouche. Je ne suis qu’un rédacteur, parmi d’autres, qui a pris le parti d’affirmer sa nature, ses goûts, ses inspirations et sa vision du métier, et qui rassemble autour de lui clients, équipe et collaborateurs qui partagent cette vision. 

Pas de quoi se permettre de prétendre être un standard, loin de là, quand l’immense majorité des rédacteurs pratiquent différemment. Cependant, dans ces échanges, je vois poindre des questionnements de fond, une panique, qui m’interpellent, car je les vis aussi chaque jour.
Que vendons-nous ? Et quelle est la valeur  de cela ? Que pouvons-nous décemment demander comme tarif en échange de notre travail ? Que vaut ce produit à l’aune des autres ?
Je vois des gens abandonner leurs études, leur carrière pour ce métier qu’ils pensent plus facile. S’asseoir chaque jour quelques heures derrière son écran, rédiger comme des devoirs le travail de la journée, repartir vivre une vie plus exaltante une fois cette tâche accomplie. Je le comprends. Nous pouvons tous aspirer à cette vie, mais ce qui est servi au client ne ressemble alors pas au sushi de Jiro, juste à un simple plat sans âme qui a la vague saveur seulement du but qu’on voulait atteindre.

Le rédacteur est alors dans une course en avant. Il cherche du client à tout prix, sacrifie ses heures et ses tarifs, fait de la prospection à l’aveugle, travaille ses réseaux en quête des fameuses commandes. Oui, il a raison, c’est un passage obligé, mais reste à savoir ce qu’il sert dans son assiette une fois le prospect à sa table. Et si ce qu’il prépare est bon, il est probable que les clients viendront, eux, par la suite, le chercher. Sinon, la course en avant continuera…

La philosophie des rédacteurs, une question plus profonde qu’il n’y paraît

La rédaction est un mot qui ne rend pas hommage au travail du rédacteur. On croit déléguer une tâche subalterne à un sous-traitant quand on le verbalise de la sorte. Il n’y a en réalité pas de mot qui représente correctement ce métier d’artisan. L’écriture ? Travail d’auteur ? Non. Impossible de regrouper tout ce que ce travail implique dans un terme qu’on utilise depuis l’école, alors qu’il devient art et savoir-faire au fil de sa pratique. Content producer ? Un simple produit à livrer. Writer me plaît un peu plus. Derrière le mot anglais se regroupent ceux qui savent écrire et ceux qui publient de grandes œuvres… On est tous quelque part là-dedans, sans doute.

Derrière ce florilège de termes se dessine la question centrale. Comment décrire cette activité ? Qu’est-ce que cela implique d’être rédacteur ? Savoir se définir, c’est exister. Exister, c’est pouvoir trouver sa place dans l’ensemble des exécutants du web. Si rédacteur est un métier, il est également un savoir-faire, une somme de connaissances exclusives à cet art, d’expériences et de réflexion qui en bâtissent ses limites et sa définition. Il est donc une philosophie, un paradigme unique.
Je ne prétendrai pas que ce métier est supérieur à tout autre sur internet, mais il a la responsabilité de porter la voix d’une entreprise, de ne pas décevoir un lecteur, d’offrir au visiteur un sentiment de continuité et une image positive de lui tout comme du site sur lequel il se trouve. Nous tenons entre nos doigts, à chaque frappe, la marque de notre client. Ce n’est pas une sous-tâche sans importance. Nous sommes les bâtisseurs d’une pensée, les créateurs d’une vision. 

Perfection, originalité, constance

Je réponds dans cet article, indirectement, à une question qui m’a été posée par mail. Humblement, selon ma pensée du moment, qui peut être amenée à évoluer, bien sûr. Comment doit progresser un rédacteur web durant sa carrière ? Quel chemin doit-on suivre ?

En premier lieu, je veux rappeler ici qu’il n’y a pas de niveau à partir duquel vous êtes un rédacteur. À chaque compétence son client, son tarif, son exigence. Progresser n’est donc une question à poser que si vous en avez vous-même l’envie. Il n’y a pas d’obligation à cela. De la même manière que pour les artisans, il y a les clients qui cherchent la qualité, le résultat parfait, et il y a ceux qui veulent quelque chose de rapide, d’économique, ou, plus simplement, qui n’ont pas la formation suffisante pour juger réellement de la qualité d’un texte et s’en fichent. Nous sommes experts de notre domaine, il n’y a pas de raison que tout le monde le soit aussi (saurais-je juger du design d’un site ? Peut-être jusqu’à un niveau au-delà duquel seul un designer peut donner un véritable avis). 

En second lieu, oui, il y a une voie. Elle n’est pas simple et va impliquer beaucoup de questionnement, d’échanges et surtout beaucoup de travail. La perfection n’est pas un but, c’est un horizon. Et cet horizon, il est intérieur. En chacun, il y a un niveau de satisfaction de la tâche accomplie. On se met à son écoute. On décide que cet indicateur a sa place. On l’affirme. Chaque question qui suivra concernera la manière de l’incarner davantage. Les styles, les champs lexicaux, les techniques SEO ou d’attraction, les accroches, les chapôs, les réseaux sociaux, l’image du client, la cible, la structure. Ce sont des dizaines de points à prendre en compte dans une écriture. Sans questionnement, sans idéal, sans écoute de soi, sans aspiration, comment les reconnaître  important ?

Une fois la perfection comme ligne d’horizon, l’originalité peut vous distinguer. Elle doit toujours arriver ensuite. Il serait facile de jouer cette carte vendeuse immédiatement. Mais ce que vous produirez ou récolterez ne sera pas à la hauteur de votre fantasme. Sans savoir-faire, l’originalité n’a aucune valeur. Distinguez-vous ensuite par votre image, votre accompagnement, votre touche spéciale, votre style hors pair. Il y a tant à faire.

Enfin, la dernière valeur est la constance. Si Jiro a été maintes fois étoilé, récompensé, plébiscité dans son petit restaurant de Sushi de 10 places à peine au cœur du métro japonais et qu’un couvert coûte 220 € aujourd’hui à sa table, c’est parce qu’il travaille à la fois avec constance et en progression permanente. Il peut nous inspirer en cela.
Lorsqu’on vous recommande, cela porte sur la qualité attendue de votre travail. Elle doit être au minimum la même que précédemment, et au mieux meilleure que la fois d’avant. C’est votre garantie de réussir, la meilleure de toutes en réalité. Celle qui fait votre valeur. Celle que vous vendez.

 

Sommes-nous trop exigeant avec notre équipe rédactionnelle ?

Je m’occupe d’accueillir les propositions d’intégration dans notre équipe. On m’a taxé de tout et n’importe quoi avec le temps. Injuste, trop tatillon, exigeant au-delà du raisonnable, même fou parfois. Cependant, les gens qui constituent notre équipe actuelle n’ont pas eu de difficulté à entrer. Je pensais pendant longtemps être trop excessif au niveau des standards d’entrée, au vu du nombre de postulants qui n’ont pas pu accéder à notre groupe, mais en réalité, je rassemble juste des gens qui partagent mes valeurs.

Cette équipe se comprend. Nous ne discutons jamais du degré d’attente parfois excessif du client ou d’un exercice de style jugé trop complexe ou d’une formation nécessaire à la réalisation d’un contrat. Nous avons en point de mire la meilleure réponse possible à apporter à une demande. Et c’est parce que nous avançons ensemble dans cette même direction qu’il n’y a pas de rapport de force, de tensions, d’exigences entre nous. Nous incarnons tous cet idéal, cette exigence affirmée. C’est ce qui fait notre cohésion, notre compréhension.

Voilà donc la dernière valeur à définir. Si je suis ce que je suis, si je m’autorise à exprimer ce que je ressens comme juste, il faut que je m’entoure de rédacteurs qui me ressemblent. Ensemble, nous trouverons notre place, notre réseau, notre clientèle, notre avenir.
Humblement, pas à pas. Jusqu’à atteindre l’inaccessible étoile, ensemble. Il en va de même pour les valeurs de chacun. Elles permettent de nous identifier, sans jugement, les uns par rapport aux autres.

En conclusion, oui, la rédaction est une philosophie, un art, un savoir-faire, une discipline. Peu importe son niveau de qualité ou de production, elle doit être respectée, à commencer par la vision que le rédacteur porte sur lui-même.

On incarne quelque chose. On existe dans le vaste chantier du Web. Et la voix que nous portons dans ce monde, même si elle n’est pas toujours signée, est tout de même la nôtre. Assurez-vous qu’elle soit à chaque fois à la hauteur des valeurs qui sont les vôtres, peu importe ce que vous choisissez d’incarner.

Nous sommes les auteurs du plus grand ouvrage de l’humanité, tous ensemble.

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